samedi, avril 18, 2020

SÉNÉGAL - Fatou GAYE . D'arbitre à Instructrice FIFA, une véritable éclaireuse...

Par Eric WIROTIUS-BELLEC archivé dans , , , , , , ,


Publié le 18/04/2020 : Beaucoup de femmes lui ont emboîté le pas en se lançant dans l’arbitrage. Arbitre internationale de 1996 à 2007, Fatou Gaye qui est aujourd’hui instructrice d’arbitres, a su lever les freins à la pratique de ce métier par les femmes. Seule arbitre centrale à l’époque, celle qui travaille comme secrétaire de direction à l’Ucad, est perçue par son entourage comme une personne entière qui n’a pas froid aux yeux.







Elle a laissé ses empreintes dan le milieu du football au Sénégal pour avoir été la première femme arbitre centrale. Fatou Gaye a brisé des barrières, cassé des stéréotypes, montré que la femme avait bien sa place dans cette profession jadis, exclusivement réservée aux hommes. Actuellement instructrice d’arbitre à la Confédération africaine de football (Caf) et à la Fédération internationale de football association (Fifa), cette ancienne arbitre internationale (1996-2007) est une figure de proue du sifflet féminin sénégalais.



Dans son appartement au 2e étage d’un bâtiment sis à Niary Tally, où elle vit avec sa famille, Fatou Gaye, emmitouflée dans une robe blanche assortie de couleur orange, vous accueille avec enjouement malgré cette période de pandémie du covid-19. Pas question de se serrer la main tout de même. Cela aurait aidé à briser la glace, mais la distanciation physique est respectée. Les salamalecs s’allongent et à première vue, son visage doux renseigne sur son personnage modeste. Le décor du salon est égayé par ses photos en compagnie de grandes personnalités sportives. Notamment Joseph Blatter, ancien président de la FIFA.



Quelques photos immortalisent sa longue et brillante carrière. Son histoire qui a commencé à Ngoumba Guéoul (région de Louga), village qu’elle a quitté à l’âge de 4 ans. Fatou Gaye va ensuite se nourrir de la passion de l’arbitrage à Pikine où elle a grandi. «Etant dans un quartier où il y avait beaucoup de passionnés de football comme feu El Hadj Mbaye Ndiaye (Ndlr : ancien capitaine des Niayes) et Fallou Badiane (ancien joueur des Niayes), je voulais devenir footballeuse. Mais puisque je n’étais pas douée, j’ai décidé de rester dans le milieu en optant pour l’arbitrage», raconte Fatou Gaye. On est en 1988.



C’est l’ancien arbitre Pape Moussa Ndiaye qui a été son professeur au Collège d’enseignement général de Pikine (actuel Cem Tijani) avant d’être son collègue sur les terrains, qui complète l’histoire. «Elle s’est intéressée à l’arbitrage de façon très originale parce qu’elle travaillait en ce moment au niveau de l’Asecna. Il y’avait un tournoi et elle était chargée de trouver des arbitres. On se réunissait à Pikine 7. Elle m’a dit : «moi j’aimerais faire l’arbitrage» et je lui dis : «pourquoi pas», d’autant plus qu’au Sénégal, on commençait déjà à y penser. C’est comme ça qu’elle a fait une demande et elle est venue intégrer le corps», raconte l’ancien arbitre.



 A cette époque, sa décision n’avait pas trop plu à sa tante. «Au début, elle était un peu réticente. Mais sachant que j’étais vraiment dévouée à embrasser ce métier, elle a fini par céder», confie Fatou Gaye. Déclic d’une nouvelle carrière ! Si Fatou Gaye a su trouver sa place dans l’arbitrage, c’est parce qu’elle a su montrer «aux hommes que dans ce monde, tout ce qu’un homme peut faire, une femme peut le faire aussi bien voire mieux. Ils ont vite accepté ma présence dans le métier». Mais tout ne s’est pas fait sur un claquement des doigts. «Pour être un arbitre de haut niveau, il te faut des entrainements, une connaissance des lois et avoir une maitrise des situations car un match varie d’un moment à l’autre. Cela requiert aussi une capacité de dépassement pour pouvoir gérer un groupe. Car un arbitre, c’est pratiquement un élément contre 22 acteurs, plus les deux bancs», explique Fatou Gaye.



 Son ancienne collègue, Florence Biagui, avec qui elle a été nommée arbitre internationale la même année opine: « le milieu du football est un milieu d’hommes et il faudrait à une femme au moins d’imposer sa personnalité pour arriver à un certain niveau et c’est ce que Fatou a fait ». Hors des terrains, sa cousine Mme Ana Carrére, qui a grandi dans la même maison qu’elle, décrit une femme «sociable, véridique, généreuse, entière et sincère».

Certaines qualités l’ont aidé dans le milieu de l’arbitrage. Des qualités que conforte le président de la Commission centrale des arbitres, Amadou François Guèye : «j’ai suivi Fatou Gaye depuis le début à Pikine. Elle n’avait rien à envier aux garçons. Elle était attentive et écoutait bien les conseils des anciens d’où sa rapide progression ». Pape Moussa Ndiaye y ajoute une touche pour dépeindre «une femme de caractère qui ne se laissait pas marcher sur les pieds, mais qui reste très respectueuse».

A coté de son époux Demba Bâ, avec qui, elle a eu trois enfants et qu’elle a connu alors qu’il était joueur à l’As Douane, ils partagent la passion du sport. Et il apprécie en elle les qualités qui font le bon arbitre. «C’est une personne affable, mais elle déteste qu’on lui manque de respect. Elle déteste qu’une personne soit traitée avec dédain. Vu le niveau qu’elle a atteint dans l’arbitrage, elle aurait pu se montrer vaniteuse, elle aurait dû se vanter de son statut. Cela n’a jamais été le cas. Elle est modeste et ne fait jamais une chose par hypocrisie», confie-t-il. Fatou Gaye a fait du chemin. La joie se lit sur le visage de l’ancienne arbitre lorsqu’elle remonte sa carrière, déroulant ses quatre Coupes d’Afrique des nations féminine de football, les Jeux africains auxquels elle a participé, en plus d’un rendez-vous aux Jeux olympiques et à trois Coupes du monde féminine de football (séniors, U19, U20).

A son «palmarès» aussi, le titre de membre de la commission d’organisation de la Coupe du monde U17 et de la Coupe du monde séniors. A travers ses pérégrinations dans le monde, il lui est resté «les rencontres qu’on fait entre différentes nationalités. Cela m’a permis de capitaliser beaucoup de connaissances venant des autres», soutient-elle. Fatou Gaye a aussi suivi une formation de secrétariat après le baccalauréat. C’est peut-être ce qui lui permet de travailler comme secrétaire de direction à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de l’Ucad. Là-bas, sa collègue de travail lui tresse des lauriers. «En 2007, lorsque mon contrat n’a pas été renouvelé, c’est elle, qui m’a demandé de venir travailler à sa place car, elle devait partir en voyage pour une compétition et c’est dans cette période que j’ai été embauchée», confie Mariama Chérif Aidara Sène. Elle présente son «amie» qu’elle surnomme «Maman Africa» comme «une personne ouverte et serviable, amoureuse du travail».



Désormais loin des ambiances des stades, Fatou Gaye vit mieux son autre passion : écouter les conférences de feu Serigne Cheikh Al Makhtoum en tant que «fervente talibé de Serigne Babacar Sy », nous confie-t-elle. Quand on lui demande ce qu’elle aime le plus, sa réponse tombe sans hésitation : « la franchise ». L’hypocrisie, à ses yeux, reste le pire des défauts. Rayon «Organisation et méthode», son ménage épouse harmonieusement sa vie professionnelle. «Vous savez, dans la vie, sourit-elle, tout est question d’organisation. Le ménage, c’est une partie, le travail c’est une partie ». Son époux renchérit : «elle fait son travail avec dévotion , gère aussi bien son ménage, elle planifie tout».



Source : SUDONLINE









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