jeudi, juin 18, 2015

Le carton orange : un délire de commentateur ou une réalité à venir ?

Par Eric WIROTIUS-BELLEC archivé dans , , , , ,

Publié le 17/06/2015 - Souvent évoqué lors de grosses fautes sur le pré, le carton jaune orangé reste un concept plutôt abstrait. Entre l'avertissement et l'exclusion définitive, ce blâme fictif se retrouve pourtant chaque saison dans la bouche des commentateurs sportifs. Mais qui est-il vraiment ?

6 décembre 2014. Georges-Kevin N'Koudou n'est pas encore marseillais et porte encore le jaune canari. Rapide, félin, le milieu nantais s'échappe sur le côté gauche quand Marco Verratti, de ses petites jambes musclées, vient rattraper l'homme au double prénom. Le tacle est douteux, les pieds trop loin du ballon. Moins de l'entrejambe du fuyard qui, fauché en plein élan, s'écroule. Alors au sifflet, M. Bastien intervient et dégaine : carton jaune. De son banc, Michel Der Zakarian ne peut qu'éructer : le manque de sévérité de l'arbitre lui coûtera finalement le match, perdu 2-1. Le rouge aurait-il été justifié sur cette action où Nantes disposait d'un deux-contre-un ? À l'issue de la rencontre, et de l'aveu même de Laurent Blanc, la situation du hibou résidait entre les deux couleurs : « Verratti méritait un carton jaune-orange. » L'expression est lâchée. Au détour de la touillette, le coach parisien expose une problématique des plus retorses. Comment qualifier une faute qui mérite plus qu'un avertissement, mais moins qu'une expulsion ? Cette faute à lisière des deux cartons existe-t-elle vraiment ? Dans ce cas, faut-il accéder aux requêtes et créer un rectangle d'une nouvelle teinte ? Autant de questions qui trouvent des réponses sur l'autel de l'orangezinette.

Réputations et aveu de faiblesse


« C'est plutôt les commentateurs sportifs que l'arbitre lui-même parce que, dans ces cas-là, l'arbitre ne peut pas se permettre de dire : "Ça aurait pu être un rouge." » José Cobos l'admet sans sourciller : le carton jaune orangé n'est pas un concept dont l'homme en jaune s'embarrasse. Pire, il n'en fait jamais mention. Et selon Grégory Tafforeau, la raison en est plutôt simple : « Si un arbitre dit cela, il se contredit lui-même. S'il le pense, qu'il a un doute sur le jaune ou sur le rouge, il ne doit pas le dire. Ce serait même un aveu de faiblesse de le dire. » Pourtant, le carton jaune orangé n'est pas un concept aussi vide que les caisses du RC Lens. Selon les situations, le déroulé du match, la minute de jeu, le caractère d'un joueur, l'arbitre peut être confronté à un choix cornélien entre la simple biscotte ou le renvoi au vestiaire : « Le jaune orangé, on en parle souvent sur des grosses fautes qui se font au tout début de match, où l'arbitre n'ose pas trop sortir le rouge parce que c'est trop tôt », poursuit Tafforeau avant de décrire une action type où les couleurs se confondent : « Un tacle avec les deux pieds décollés, de face. Dans tous les cas, un jeu dangereux, même s'il n'y a pas vraiment faute. Si le joueur prend le ballon, sans toucher le joueur, mais qu'il y va fort. Il y a l'intention, mais surtout la dangerosité du geste. » Proches de l'expulsion, certains joueurs s'en sortiraient donc à la faveur des circonstances. Ou même d'une réputation flatteuse, à en croire Cobos : « Si vous êtes un joueur dur, mais correct, l'arbitre connaît le CV de chaque joueur et sait plus ou moins s'il y a eu intention de faire mal. Est-ce que j'ai évité quelques cartons ? Oui, je ne vais pas dire non. C'est peut-être dû à ma façon d'être et à mon engagement, plutôt propre. Votre comportement et votre réputation peuvent rendre l'arbitre un peu plus indulgent. »

Un carton orange, la solution ?


Dès lors, le carton jaune orangé serait plus une question d'interprétation. Ne pas sanctionner trop durement une équipe pour ne « pas tuer le match », faire preuve d'indulgence alors même que le geste est coupable. D'un côté, on saluera l'intelligence de l'analyse de l'arbitre. De l'autre, son manque de courage. Pourtant, les solutions existent. Et notamment par la grâce et le travail d'Éric Dugas, universitaire et auteur de plusieurs articles sur le carton « orange ». Et si Dugas n'est pas Zizou, sa vision du jeu reste unique : « Quand un carton rouge arrive trop tôt, on crie au scandale en disant que cela déséquilibre les débats, avec l'inégalité de jouer à 10 contre 11. Les trois quarts du temps, on s'aperçoit que l'arbitre n'ose pas, et va mettre un jaune. » Sa solution à lui : sortir un carton d'une nouvelle couleur qui agirait de façon préventive : « Le carton orange permet de dire "Vous n'êtes pas sur une petite faute et un carton jaune, vous êtes à la lisière d'un rouge." On laisse la possibilité à l'entraîneur de remplacer son joueur, sinon, c'est à son propre risque. Car à la moindre petite faute ensuite, l'arbitre sortira le rouge. Et sans hésiter, puisque le carton orange a prévenu le joueur et son entraîneur. » En d'autres termes, il vaut mieux passer à l'orange, que de se griller au rouge.

Source : SOFOOT