Depuis le 28 octobre et jusqu’au 6 novembre se tient la 13e édition des journées de l’arbitrage. À cette occasion, j’ai eu envie de mettre en avant une arbitre féminine évoluant en D1. Elles sont dix-huit en France et Solenne Bartnik en fait partie. A 34 ans, elle a déjà vingt ans d’arbitrage derrière elle et semble avoir trouvé un vrai équilibre dans sa vie grâce à cette activité.
« Le pouvoir de décision »
Solenne Bartnik s’est tournée vers la fonction d’arbitre à 14 ans. Elle avait joué au foot en mixité à Villerest, une petite commune de la Loire au sud de Roanne. Ne trouvant pas de club féminin pour poursuivre dans cette discipline, elle a suivi les conseils de sa mère et s’est lancée dans l’arbitrage. « Au départ, je pensais arrêter le sport et finalement, ma maman m’a proposé d’essayer l’arbitrage car je connaissais déjà le règlement. Cela me permettait de rester dans le foot », se souvient la jeune femme. Solenne ne va pas regretter d’avoir écouter sa mère même si elle avoue avoir eu quelques appréhensions au moment de se retrouver seule face à vingt-deux joueurs, leurs entraîneurs, les dirigeants… « Il y avait aussi la crainte de ne pas prendre les bonnes décisions, de se tromper, d’être critiquée. Mais c’est ce qui permet de se forger au fil de temps », ajoute-t-elle. Elle effectue ses premières armes avec les U13 garçons et très vite elle se rend compte que cette nouvelle activité lui plaît. « Le pouvoir de décision, se dire que c’est nous qui prenons la décision et pas les autres, cela m’a attirée. Le côté humain aussi. On fait beaucoup de rencontres, on change d’endroit pour arbitrer toutes les semaines », sourit-elle. Après deux ans à arbitrer les U13, Solenne commence à gravir les échelons : U15, U17, niveau régional après avoir réussi son examen, et puis, en 2005, elle devient arbitre fédérale et commence à arbitrer les filles au haut niveau. Aujourd’hui, rattachée au club de Pouilly les Nonains (Loire) elle officie en D1 en féminines et au niveau régional chez les hommes, elle est aussi habilitée à « faire la touche » jusqu’en CFA.
« Je m’entraîne le matin à 6h30, quasiment tous les jours »
Quand elle raconte son parcours d’arbitre, Solenne Bartnik le fait avec beaucoup d’enthousiasme. Elle se souvient avec tendresse des efforts effectués par ses parents pour l’emmener sur les terrains le week-end. « Quand j’avais 30-40 km à faire, je ne me voyais pas les faire à vélo ou à pied. Si mes parents n’avaient pas été là, je ne sais pas si j’aurais pu faire tout ça ». L’arbitrage a été le fil rouge de sa vie depuis son adolescence. Même pendant ses études, elle a continué à exercer sa passion. « Quand je suis partie faire mes études, c’était un peu compliqué. Mais en même temps, ça permettait de partir le week-end, de sortir des études et ça faisait du bien aussi. Il fallait trouver le bon timing pour faire tout ce que j’avais à faire la semaine pour avoir le week-end disponible pour le sport », se remémore-t-elle. Aujourd’hui encore, concilier arbitrage et vie professionnelle n’est pas facile. Mais Solenne qui tient un bar PMU avec son compagnon s’accroche, soutenue par ses proches. « J’ai la chance d’avoir ma famille qui est là et qui m’encourage dans tout ce que je fais, se réjouit-elle. Je m’entraîne le matin à 6h30, quasiment tous les jours. Quand je vais courir, je suis toute seule, il n’y a personne pour venir avec moi à cette heure-ci, rit-elle. J’ai également un préparateur physique qui me donne des séances. Je m’adapte par rapport au boulot ». Elle ne cache pas qu’en hiver, quand il fait froid, il n’est pas évident de se motiver. Mais elle a trouvé une façon bien à elle de se rebooster. « On vit tellement de choses… ce serait dommage de passer à côté. Il y a les matches, les compétitions internationales qui sont très intéressantes à faire et aussi l’ambiance avec les collègues. C’est sympa de se retrouver en stage ». Samedi dernier, elle était arbitre assistante lors du choc de D1 Lyon-PSG (2-1) à Gerland, un bonheur pour elle.
« Ce côté financier qui gâche tout dans le football masculin
Si l’on en croit Solenne Bartnik, le jeu n’est pas le même selon que le match soit joué par des filles ou des garçons. Si elle assure qu’il est « facile » d’arbitrer les hommes qui ont « beaucoup de respect » pour elle, elle reconnaît que certaines de leur habitudes peuvent être agaçantes. « C’est plus rapide chez les hommes mais malheureusement, il y a beaucoup plus de triche que dans le foot féminin. Les filles, il n’y a pas la triche : même si il y a une faute sur elles, elles essayent de continuer. Elles ne tombent pas systématiquement pour essayer d’obtenir un coup franc et un penalty, témoigne-t-elle. Les garçons ils tombent tout de suite, même si on ne les touche pas d’ailleurs (rire). C’est ce que j’aime chez les filles, ce qu’elles font tout pour continuer au maximum leur action ». Elle a aussi remarqué qu’il y avait moins de polémiques chez les femmes. « Il y a moins d’enjeux financiers, souligne-t-elle, lucide. Dans certains clubs, les joueuses n’ont même pas de prime de match, alors qu’elles gagnent ou qu’elles perdent le match, cela ne change rien pour elle. On est moins médiatisé donc moins critiqué. Des erreurs on en fait tous, je pense que c’est ce côté financier qui gâche tout dans le football masculin », regrette-t-elle. Pourtant si elle devait conseiller un jeune homme ou une jeune femme de se lancer, elle assure qu’elle le ferait sans hésiter. « Outre le fait que ce soit un sport, c’est une très bonne école de la vie. Ca nous apprend à respecter les autres, à être ponctuelle, tout un tas de petits détails comme ça dont on ne se rend pas compte, argumente la jeune arbitre. Ca m’a beaucoup aidé dans ma vie personnelle. J’étais très timide, je le suis beaucoup moins car on est obligé de prendre sur soit, de s’affirmer. C’est très bon pour la vie personnelle ».
Stéphanie Frappart « un modèle pour nous
Au niveau de ses ambitions, elle rêve de diriger des matches dans de grandes compétitions, elle qui pour le moment n’est « qu’ »assistante internationale et n’a arbitré que des matches éliminatoires. Elle sait qu’elle ne pourra pas arbitrer au très haut niveau masculin, freinée par la limite d’âge, mais elle a encore envie de progresser. Pour cela, elle suit avec attention les prestations de ses collègues et particulièrement Clément Turpin et Stéphanie Frappart.
« J’aime bien l’arbitrage de Clément Turpin qui est en Ligue 1 et avec qui j’ai eu l’occasion d’arbitrer quand j’étais dans les catégories inférieures. J’ai eu la chance de lui faire la touche en CFA. J’avais bien aimé son arbitrage, j’ai un peu suivi sa carrière. Cela ne m’étonne absolument pas qu’il soit en Ligue 1 aujourd’hui ». Concernant Frappart, première femme à arbitrer au centre en Ligue 2, elle se montre dithyrambique. « C’est un modèle pour nous. J’ai arbitré avec elle sur tous mes matches à l’étranger. C’est le bonheur de la voir arbitrer. Cela parait tellement facile quand on la voit faire. Stéphanie s’entraîne tous les jours. Je pense qu’elle a une meilleure condition physique que certains hommes, même à son niveau. Quand on est sur un match et qu’on est à 3 ou 4 mètres de l’action, on ne peut pas se tromper. Elle est toujours présente dans la situation. Et quand on est là, on est crédible. Ca c’est important, même pour les joueuses. Ensuite, il y a ses qualités d’arbitre. Stéphanie c’est une vraie passionnée ».
« Le côté arbitre ressort toujours »
« Une vraie passionnée », Solenne Bartnik l’est aussi. La preuve quand elle essaye de regarder un match « pour décompresser », le naturel revient au galop. « Le côté arbitre ressort toujours », sourit-elle. Mais elle avoue aussi ne jamais critiquer ses collègues consciente de ne pas être à l’abri des erreurs. « Eux sont sur le match, il le sente. Nous, dans notre canapé, on a un angle de vue qu’ils n’ont pas, on a les caméras, les ralentis. Eux sont en direct, doivent prendre la décision en direct. Sur le terrain, ce n’est pas la même chose que d’être dans son canapé ». Parole d’arbitre.
Source : L'EQUIPE [jouelacommemiahamm]
Depuis
le 28 octobre et jusqu’au 6 novembre se tient la 13e édition des
journées de l’arbitrage. À cette occasion, j’ai eu envie de mettre en
avant une arbitre féminine évoluant en D1. Elles sont dix-huit en France
et Solenne Bartnik en fait partie. A 34 ans, elle a déjà vingt ans
d’arbitrage derrière elle et semble avoir trouvé un vrai équilibre dans
sa vie grâce à cette activité.
« Le pouvoir de décision »
Solenne Bartnik s’est tournée vers la fonction d’arbitre à 14 ans.
Elle avait joué au foot en mixité à Villerest, une petite commune de la
Loire au sud de Roanne. Ne trouvant pas de club féminin pour poursuivre
dans cette discipline, elle a suivi les conseils de sa mère et s’est
lancée dans l’arbitrage. « Au départ, je pensais arrêter le sport et
finalement, ma maman m’a proposé d’essayer l’arbitrage car je
connaissais déjà le règlement. Cela me permettait de rester dans le
foot », se souvient la jeune femme. Solenne ne va pas regretter d’avoir
écouter sa mère même si elle avoue avoir eu quelques appréhensions au
moment de se retrouver seule face à vingt-deux joueurs, leurs
entraîneurs, les dirigeants… « Il y avait aussi la crainte de ne pas
prendre les bonnes décisions, de se tromper, d’être critiquée. Mais
c’est ce qui permet de se forger au fil de temps », ajoute-t-elle. Elle
effectue ses premières armes avec les U13 garçons et très vite elle se
rend compte que cette nouvelle activité lui plaît. « Le pouvoir de
décision, se dire que c’est nous qui prenons la décision et pas les
autres, cela m’a attirée. Le côté humain aussi. On fait beaucoup de
rencontres, on change d’endroit pour arbitrer toutes les semaines »,
sourit-elle. Après deux ans à arbitrer les U13, Solenne commence à
gravir les échelons : U15, U17, niveau régional après avoir réussi son
examen, et puis, en 2005, elle devient arbitre fédérale et commence à
arbitrer les filles au haut niveau. Aujourd’hui, rattachée au club de
Pouilly les Nonains (Loire) elle officie en D1 en féminines et au niveau
régional chez les hommes, elle est aussi habilitée à « faire la
touche » jusqu’en CFA.
« Je m’entraîne le matin à 6h30, quasiment tous les jours »
Quand elle raconte son parcours d’arbitre, Solenne Bartnik le fait
avec beaucoup d’enthousiasme. Elle se souvient avec tendresse des
efforts effectués par ses parents pour l’emmener sur les terrains le
week-end. « Quand j’avais 30-40 km à faire, je ne me voyais pas les
faire à vélo ou à pied. Si mes parents n’avaient pas été là, je ne sais
pas si j’aurais pu faire tout ça ». L’arbitrage a été le fil rouge de sa
vie depuis son adolescence. Même pendant ses études, elle a continué à
exercer sa passion. « Quand je suis partie faire mes études, c’était un
peu compliqué. Mais en même temps, ça permettait de partir le week-end,
de sortir des études et ça faisait du bien aussi. Il fallait trouver le
bon timing pour faire tout ce que j’avais à faire la semaine pour avoir
le week-end disponible pour le sport », se remémore-t-elle. Aujourd’hui
encore, concilier arbitrage et vie professionnelle n’est pas facile.
Mais Solenne qui tient un bar PMU avec son compagnon s’accroche,
soutenue par ses proches. « J’ai la chance d’avoir ma famille qui est là
et qui m’encourage dans tout ce que je fais, se réjouit-elle. Je
m’entraîne le matin à 6h30, quasiment tous les jours. Quand je vais
courir, je suis toute seule, il n’y a personne pour venir avec moi à
cette heure-ci, rit-elle. J’ai également un préparateur physique qui me
donne des séances. Je m’adapte par rapport au boulot ». Elle ne cache
pas qu’en hiver, quand il fait froid, il n’est pas évident de se
motiver. Mais elle a trouvé une façon bien à elle de se rebooster. « On
vit tellement de choses… ce serait dommage de passer à côté. Il y a les
matches, les compétitions internationales qui sont très intéressantes à
faire et aussi l’ambiance avec les collègues. C’est sympa de se
retrouver en stage ». Samedi dernier, elle était arbitre assistante lors
du choc de D1 Lyon-PSG (2-1) à Gerland, un bonheur pour elle.
« Ce côté financier qui gâche tout dans le football masculin »
Si l’on en croit Solenne Bartnik, le jeu n’est pas le même selon que
le match soit joué par des filles ou des garçons. Si elle assure qu’il
est « facile » d’arbitrer les hommes qui ont « beaucoup de respect »
pour elle, elle reconnaît que certaines de leur habitudes peuvent être
agaçantes. « C’est plus rapide chez les hommes mais malheureusement, il y
a beaucoup plus de triche que dans le foot féminin. Les filles, il n’y a
pas la triche : même si il y a une faute sur elles, elles essayent de
continuer. Elles ne tombent pas systématiquement pour essayer d’obtenir
un coup franc et un penalty, témoigne-t-elle. Les garçons ils tombent
tout de suite, même si on ne les touche pas d’ailleurs (rire). C’est ce
que j’aime chez les filles, ce qu’elles font tout pour continuer au
maximum leur action ». Elle a aussi remarqué qu’il y avait moins de
polémiques chez les femmes. « Il y a moins d’enjeux financiers,
souligne-t-elle, lucide. Dans certains clubs, les joueuses n’ont même
pas de prime de match, alors qu’elles gagnent ou qu’elles perdent le
match, cela ne change rien pour elle. On est moins médiatisé donc moins
critiqué. Des erreurs on en fait tous, je pense que c’est ce côté
financier qui gâche tout dans le football masculin », regrette-t-elle.
Pourtant si elle devait conseiller un jeune homme ou une jeune femme de
se lancer, elle assure qu’elle le ferait sans hésiter. « Outre le fait
que ce soit un sport, c’est une très bonne école de la vie. Ca nous
apprend à respecter les autres, à être ponctuelle, tout un tas de petits
détails comme ça dont on ne se rend pas compte, argumente la jeune
arbitre. Ca m’a beaucoup aidé dans ma vie personnelle. J’étais très
timide, je le suis beaucoup moins car on est obligé de prendre sur soit,
de s’affirmer. C’est très bon pour la vie personnelle ».
Stéphanie Frappart « un modèle pour nous »
Au niveau de ses ambitions, elle rêve de diriger des matches dans de
grandes compétition, elle qui pour le moment n’est « qu’ »assistante
internationale et n’a arbitré que des matches éliminatoires. Elle sait
qu’elle ne pourra pas arbitrer au très haut niveau masculin, freinée par
la limite d’âge, mais elle a encore envie de progresser. Pour cela,
elle suit avec attention les prestations de ses collègues et
particulièrement Clément Turpin et Stéphanie Frappart. « J’aime bien
l’arbitrage de Clément Turpin qui est en Ligue 1 et avec qui j’ai eu
l’occasion d’arbitrer quand j’étais dans les catégories inférieures.
J’ai eu la chance de lui faire la touche en CFA. J’avais bien aimé son
arbitrage, j’ai un peu suivi sa carrière. Cela ne m’étonne absolument
pas qu’il soit en Ligue 1 aujourd’hui ». Concernant Frappart, première
femme à arbitrer au centre en Ligue 2, elle se montre dithyrambique.
« C’est un modèle pour nous. J’ai arbitré avec elle sur tous mes matches
à l’étranger. C’est le bonheur de la voir arbitrer. Cela parait
tellement facile quand on la voit faire. Stéphanie s’entraîne tous les
jours. Je pense qu’elle a une meilleure condition physique que certains
hommes, même à son niveau. Quand on est sur un match et qu’on est à 3 ou
4 mètres de l’action, on ne peut pas se tromper. Elle est toujours
présente dans la situation. Et quand on est là, on est crédible. Ca
c’est important, même pour les joueuses. Ensuite, il y a ses qualités
d’arbitre. Stéphanie c’est une vraie passionnée ».
« Le côté arbitre ressort toujours »
« Une vraie passionnée », Solenne Bartnik l’est aussi. La preuve
quand elle essaye de regarder un match « pour décompresser », le naturel
revient au galop. « Le côté arbitre ressort toujours », sourit-elle.
Mais elle avoue aussi ne jamais critiquer ses collègues consciente de ne
pas être à l’abri des erreurs. « Eux sont sur le match, il le sente.
Nous, dans notre canapé, on a un angle de vue qu’ils n’ont pas, on a les
caméras, les ralentis. Eux sont en direct, doivent prendre la décision
en direct. Sur le terrain, ce n’est pas la même chose que d’être dans
son canapé ». Parole d’arbitre.